Chers amis,
Dans le train entre Colmar et Paris, j’ai eu droit à une petite messe du malheur moderne. En face de moi, un couple officiait avec zèle : journal ouvert comme un missel, téléphone brandi comme une relique, ils communiaient aux nouvelles les plus faisandées. Crimes, scandales, adultères de notables : chaque information semblait leur procurer cette joie discrète de ceux qui se rassurent en constatant que l’humanité tombe plus bas qu’eux. Les réseaux sociaux fournissaient l’encens, la presse à sensation chantait les cantiques, et mes voisins repartaient nourris, presque édifiés, par ce buffet d’indignations prêtes à consommer.
Cette scène n’a rien d’anecdotique. Les démagogues de tous les temps ont compris qu’il fallait créer des boucs émissaires, les charger de tous les péchés du monde, puis faire mine de livrer contre eux un combat hautement méritoire. [...]
Celui qui veut monter dans le train « Église » ne peut pourtant faire l’économie d’un billet portant cette mention: « Je regrette d’avoir savouré les ragots et les médisances. » Il faut encore que le coeur prononce avec sincérité ces paroles : « Seigneur, je crois en toi. » [...]
Mais pour voyager dans le train « Église », il faut aussi de l’énergie. Sans elle, aucun trafic n’est possible, ni sur les voies ferrées ni dans nos lieux de vie. Dans mon enfance, j’ai connu une maison qui s’autoalimentait grâce à une petite centrale électrique installée sur le même terrain : l’eau actionnait une turbine, et cette énergie faisait vivre toute la maison.
L’énergie requise pour le train « Église » n’est autre que l’Esprit Saint. C’est lui qui anime tout : la construction des voies, l’organisation du trafic, les aiguillages, les moteurs, les barrières, le chauffage, les phares et même le spot au-dessus de ma place dans le compartiment. Derrière tout ce qui bouge, entraîne, dirige, conduit, protège et
éclaire, c’est l’Esprit de Dieu qui agit. Cette énergie est omniprésente. Dieu nous l’offre en la puisant à la centrale de son amour infini, qui déferle sur toute la création.
Une seule chose importe de notre côté : que l’arc de notre âme touche la caténaire où circule le courant divin. J’ai toujours aimé voir le pantographe d’une motrice se lever doucement jusqu’au moment où, soudain, l’étincelle jaillit et gonfle tous les circuits d’une force concentrée. Redressons l’arc de notre âme dans la prière : l’étincelle de l’énergie divine jaillira, comme le Seigneur l’a promis.
Il faut enfin parler de la locomotive. Sans elle, le train reste immobilisé. Les locomotives, ce sont ces personnes heureuses de croire, capables d’allier inventivité spirituelle et solide bon sens, de motiver et d’enthousiasmer les autres, avec une santé suffisante et cette pointe de gaieté franciscaine qui rend le service plus léger. Il existe différents types et modèles de locomotives. J’en ai rencontré parmi vous. Ceux qui assument cette responsabilité sont de véritables cadeaux du ciel. [...] D’où la nécessité de prier pour que de nouvelles locomotives nous viennent des ateliers de Dieu, d’autant plus qu’il nous faut des motrices particulièrement puissantes.
Je ne doute pas que les perspectives du prochain pèlerinage à Lourdes mettront nos locomotives sur les rails. Puissent-elles être soutenues par notre prière, notre confiance et notre engagement.
Je les assure de mon intercession et de mon soutien, et les encourage de tout coeur dans leur mission.
À tous les lecteurs va ma pensée priante. En union avec Notre Dame de la Voie, j’appelle sur eux la bénédiction du Dieu trois fois saint.
Patrick Koehler, aumônier
(article paru dans Notre Dame de la Voie n° 196 de septembre 2026)